En photographie de paysage, vous avez forcément été confronté à cette problématique : une scène grandiose… et un cadre trop étroit. Utiliser simplement un grand-angle dans l’espoir de capturer tout cela est souvent décevant, les éléments majeurs du paysage disparaissant derrière un premier plan vide et se trouvant rejetés dans la distance … déception !
La solution est (vous l’avez deviné) … un cadrage panoramique !
Dans cet article, j’explique pourquoi et comment utiliser, avec votre appareil classique, la technique de la photographie panoramique par assemblage. Maîtriser la photo panoramique, en paysage, n’est pas seulement créer un effet spectaculaire. C’est un formidable outil de composition, de simplification, et de qualité d’image, qu’il est utile ou essentiel d’avoir dans sa panoplie.
Voir en panoramique avant de déclencher
Un panoramique réussi s’élabore sur le terrain, principalement devant un « grand paysage » (vista). Ce type de situation laisse souvent le photographe un peu pantois. C’est magnifique, mais comment rendre cela en photo ? Il ne faut pas se presser, mais au contraire se poser un peu, admirer et décoder ce qui se passe. Une bonne question à se poser, juste après ce premier choc visuel : qu’est-ce qui est essentiel, qu’est-ce qui m’attire particulièrement dans cette scène ?
Le format panoramique est particulièrement efficace lorsque :
• le sujet est horizontal (même s’il existe des panoramiques verticaux, utilisables pour des kakémonos, en publicité, etc. – et qu’il faut y penser de temps en temps)
• le ciel est un peu vide : en effet ce format permet de réduire facilement la part du ciel.
• le premier plan est trop vaste ou peu convaincant. Si le premier plan est un élément très important de la composition, on travaillera davantage au grand-angle, en format normal. Mais pour autant, il ne s’agit pas de supprimer tout avant-plan de votre panoramique. Comme une autre, l’image panoramique a besoin de profondeur, même si cette profondeur (succession des plans) est plus difficile à construire.
• la lecture se fait latéralement. L’oeil a tendance à se déplacer latéralement dans un vaste panorama, qui permet d’assembler plusieurs sujets intéressants dans une même image, des sujets qui seraient impossibles à faire tous entrer dans un cadre classique (3 x2)
Ce que le panoramique apporte à vos images ...
Le panoramique permet :
– Une lecture plus fluide, de plus d’ampleur. Le regard circule davantage dans l’image, et peut trouver (et confronter) plusieurs sujets, parfois en continuité, parfois en opposition (deux exemples ci-dessous). C’est une des grandes forces du panoramique, ces compositions à deux sujets forts.
– Une composition simplifiée : très souvent, l’intérêt d’un sujet se situe dans la zone médiane. Pas au premier plan, pas dans le ciel. Avec le format panoramique vous éliminez tout le superflu, tout ce qui ne sert pas la photo.
– Une qualité d’image exceptionnelle, parfaite pour les tirages grand format et les images très détaillées. En effet, le panoramique ne doit pas être un simple recadrage dans une image classique. Mais il doit au contraire doit combiner plusieurs images (par la technique de l’assemblage) dans une super-image (une image de haute définition de 15 à 25 000 px de long, de 80 à 200 MP suivant le capteur d’origine). Précédemment ces images étaient réalisées sans assemblage, sur film, avec des appareils panoramiques dédiés : appareils grand format de 6×17 cm (Fuji, Linhof), ou moyen format (Hasselblad X-Pan).
Cette image sera au choix, et suivant la nature du sujet ou le temps dont on dispose pour la prise de vues, un assemblage de 5 à 6 images verticales ou de 3 ou 4 images horizontales. J’utilise alternativement les deux, avec un capteur de 45 MP. Avec un capteur de moindre résolution (12-24 MP), les images verticales permettaient d’accroître la taille d’image finale, aujourd’hui, avec 3 images de 45 MP ou plus, la qualité est dans tous les cas superlative.
La réalisation d'une image panoramique :
Apprendre à voir en panoramique, c’est bien, mais réaliser correctement une prise de vue en panoramique par assemblage demande une attention particulière sur plusieurs points. C’est une démarche méthodique et technique particulière. J’insiste ci-dessous sur les éléments essentiels.
Réglages d'exposition et de mise au point
Il est essentiel de comprendre que le panoramique va être le résultat de plusieurs prises de vues successives, ce qui suppose une attention et des techniques particulières à la prise de vue. Il faut être attentif à plusieurs problèmes potentiels, et les anticiper :
Voici mes conseils de base :
• Utilisez le mode manuel : pour éviter de brusques variations de l’exposition d’une image sur l’autre, qui compromettraient l’assemblage final des images (réalisé tout simplement sur Lightroom Classic). C’est la méthode standard.
Cependant, si l’on anticipe de fortes variations de l’exposition d’une photo à l’autre, il est possible de photographier en mode A (priorité ouverture) et de laisser l’appareil déterminer l’exposition. Certains logiciels d’assemblage, et en particulier Lightroom Classic, gèrent très bien la fusion d’images panoramiques comprenant des expositions variables (pas d’excès cependant).
• Privilégiez une balance des blancs fixe, manuelle (en degrés Kelvin), la même pour toutes les images du panoramique. Evitez les éventuelles variations d’une balance « auto ». Même si les dégâts sont moindres qu’avec des variations d’exposition majeures, c’est aussi une bonne pratique. D’ailleurs, en paysage, j’emploie très rarement une balance des couleurs auto, qui a pour effet de détruire les tonalités spéciales du matin et du soir.
• Passez en mise au point manuelle : afin d’éviter des variations de mise au point, qui seraient là aussi catastrophiques (assemblage impossible). Je fais une mise au point autofocus à la bonne distance estimée pour ma composition panoramique, puis je débraie l’autofocus pour la série de photos.
La prise de vue en panoramique par assemblage
• Sur trépied ou à main levée: les deux techniques sont utilisables. Mais pour un débutant dans ce domaine, le trépied est conseillé. Il permet de s’assurer du bon recouvrement des images (30 %, voir ci-dessous), et de l’horizontalité de la prise de vue, plus méthodiquement. Certains appareils permettent d’activer un niveau dans le viseur, et un quadrillage, qui peuvent aider beaucoup. Je recommande ces options.
• Boîtier en vertical (ou pas) : l’avantage de passer son boîtier en cadrage vertical est de pouvoir ensuite recadrer son panoramique plus facilement, car la bande d’image est plus haute, ce qui permet une marge d’erreur. Et d’accroître aussi un peu le nombre de pixels en horizontal, car on fait plus de vues pour compenser l’étroitesse du cadre (5 ou 6 contre 3 pour un pano horizontal). Si vous êtes sur pied, en vertical il est presque obligatoire d’utiliser un support (embase de boîtier) en L (L-bracket), qui rendra les manipulations bien plus faciles. La plupart du temps, cependant, et si on veut opérer rapidement (une prise de vue rapide est essentielle en cas de mouvements dans l’image : vagues, objet ou animal se déplaçant), le boîtier en horizontal permet un cadrage plus efficace et instinctif.
• Chevauchement de 30 % : le logiciel qui va assembler les images a besoin de repères de superposition précis, afin d’assurer une fusion parfaite. Il faut donc lui donner environ 30 % de recouvrement d’une image à l’autre. Avec un quadrillage dans le viseur, il est plus facile de prendre des repères de raccord. Il est conseillé, au début, de faire un tour d’horizon sans déclencher, d’abord, avant d’entamer la prise de vue panoramique. Il aussi faut viser la régularité dans le recouvrement, essayer de s’en tenir à 30 %, ni plus, ni moins.
Les erreurs fréquentes en panoramique ...
Mon expérience de terrain avec des dizaines de stagiaires, à qui j’enseigne, ou avec qui je perfectionne cette technique que je pratique depuis toujours, m’a amené à diagnostiquer une certain nombre de problèmes ou d’erreurs, régulièrement commises. Par ailleurs faciles à corriger, pour peu qu’on en prenne conscience.
• Erreur n° 1 : Vouloir tout faire rentrer dans l’image : c’est l’erreur la plus fréquente, et elle produit des images incohérentes ou banales. Vous devez pouvoir « prévisualiser » le résultat, savoir exactement où commence et où va finir votre image, avant de déclencher. Cela demande de la pratique, mais au bout d’un moment, et si vous vous tenez fermement à un format panoramique standard, vous serez capable de projeter mentalement un cadrage panoramique (au format 3×1 ou approchant) sur toute scène que vous verrez. C’est une façon de voir neuve et différente, et très productive en photo de paysage, que vous apprendrez progressivement à maîtriser.
• Erreur n° 2 : Recadrer à l’estime : autre erreur, inverse ou liée à la précédente, que je vois trop souvent. On recadre dans un format variable, vaguement ou excessivement panoramique (bande très allongée), mais en faisant varier le format au petit bonheur, selon les éléments de la scène photographiée. On va ainsi produire des séries de panoramiques qui n’auront aucune cohérence car ils ne suivent pas un format bien précis.
Cette « méthode » est à exclure. Comme dit précédemment, vous devez, pour développer vos capacités à cadrer mentalement, vous astreindre à des formats panoramiques standard. Les spectateurs de vos oeuvres vous remercieront (imaginez une exposition où les formats varieraient constamment …) !
• Erreur n° 3 : Mal choisir votre format : historiquement, plusieurs formats panoramiques ont été utilisés : le 6×12 cm (rapport longueur /hauteur 2:1), souvent utilisé avec un dos rollfilm sur une chambre 4×5 inches; le 6×17 cm (rapport 3:1), avec des appareils panoramiques dédiés, à objectifs interchangeables ou non (Fuji G et GX 617, Linhof 6×17, appareils chinois), et le 6×24 cm (4:1), plus exotique.
Il convient de choisir votre format de prédilection parmi ces formats (ou celui ci-dessous). En effet, le but n’est pas de surprendre le spectateur par le choix de format, mais par le contenu du format !
Mon format de prédilection, depuis un certain temps, est le format de type Hasselblad X-pan, développé par la marque bien connue, à partir du film 24×36 mm en bobine. L’utilisation d’une optique moyen format sur un boîtier léger a permis d’obtenir un format panoramique 65 x 24 mm qui a connu son heure de gloire, et est devenu un grand classique. (rapport 2,7 : 1).
Tous mes panoramiques étaient autrefois en format 3:1 (utilisation du Fuji GX 617), mais je préfère désormais, en numérique, utiliser ce format. Un format très proche en fait, mais un peu plus facile à mettre en page, et présentant aussi quelque avantage pour le cadrage (un peu plus haut que le 3:1, il permet d’intégrer plus de premiers plans)
Autres erreurs possibles ...
Cela suppose, au préalable, d’avoir repéré précisément un point de départ (ou d’entrée) et un point final (de sortie) du panoramique à réaliser par assemblage (ce qui doit figurer dans votre image, le reste sera exclu). Et cela AVANT de commencer la prise de vue. C’est un point pas très facile à maîtriser, qui est spécifique à cet exercice de composition par assemblage.
Focales fixes : il peut être utile au début de n’utiliser qu’un ou deux objectifs, par ex. un 50 et un 105 mm, car l’infinité des cadrages possibles avec les zooms introduit un degré de complexité non négligeable dans cet exercice.
• Erreur n° 5 : Travailler en tout automatique (sans véritable contrôle sur votre exposition, diaphragme (profondeur de champ) ou mise au point)
Application sur le terrain - le panoramique, un outil pédagogique formidable
En stage, je fais souvent réaliser : une image en format classique
la même en panoramique (c’est à dire avec la même ampleur horizontale, le même angle de champ).
La différence de lecture et de rendu est immédiate. Les participants peuvent apprécier immédiatement une composition plus resserrée, plus efficace, le plaisir de lire une image dans sa longueur, la différence de définition.
Au niveau technique, la différence est aussi très marquée : il faudra utiliser une focale bien différente, plus longue, s’efforcer de garder entre les images une taux de recouvrement de 30 %, prendre des repères précis pour ce faire, et rester bien horizontal.
Toutes choses qui demandent plus de concentration et de maîtrise, et affinent grandement le regard et la technique du photographe.
• lecture du paysage : cette étape est essentielle : pourquoi le panoramique est-il un atout sur ce paysage ? Où sont véritablement les cadrages panoramiques possibles ? Où commencent et où se terminent (précisément) les panoramiques possibles ? (choix du cadrage et de la focale).
• choix du format : suivant vos préférences, mais aussi de la scène. Certaines scènes ressortiront mieux en format 2 : 1, ou en format 3 : 1 (ou variante 2,7 : 1 (X-Pan)). Il faut essayer de le voir avant la prise de vue. En général je m’en tiens à un format 2,7 : 1, avec quelques exceptions.
• prise de vue : il faut s’efforcer de mettre en place un processus technique stable et routinier, qui aidera à se concentrer sur l’essentiel, la composition d’image. Une fois le cadrage appréhendé visuellement, déterminer la focale (en simulant un panoramique en 3 ou 6 images), faire la mise au point, débrayer l’autofocus, se mettre en mode Manuel (si exposition à peu près égale de part en part), ou ouverture (A). Vérifier également ISO, balance des blancs, déterminer s’il faut programmer un bracketting ou non, avant de déclencher la série d’images.
Conclusion : pensez plus large, pensez "panoramique" !
La photo panoramique est une technique, une discipline en quelque sorte (on parle de photographes panoramistes), qui produit un effet esthétique et créatif unique. Il vous fera progresser à tous les niveaux et délivre des images originales, et de très haute qualité, parfaites en grands tirages.
Une photo panoramique ne sert pas à montrer plus.
Elle sert à montrer mieux, à traduire une vision plus personnelle et originale. Elle sera un atout décisif dans votre bagage de photographe de paysage.
Et en plus, elle est un vrai plaisir à réaliser ! Il y a toujours cette petite angoisse (l’ai-je bien réussie ?), cette attente qui dure jusqu’au moment de l’assemblage final, et la satisfaction à ce moment d’avoir un très beau résultat où vous avez mis une part de vous-même, un savoir-faire plus important que dans une prise de vue classique.
Pour aller plus loin ...
• Pour découvrir mes images panoramiques :
C’est un peu dommage, mais pour le format de présentation de mes voyages photo, j’e me suis imposé la contrainte d’un format classique, horizontal. Mais vous verrez des images panoramiques dans les articles de blog, dans les brochures, ou dans mes posts Facebook, assez nombreux dans ce format.
Voici aussi une galerie panoramique qui présente quelques-uns de mes panoramiques, dont un bon nombre ont été primés (meilleures photo de paysage) dans les concours de la Fédération Photo de France (FPF). Vous pouvez me contacter directement si vous désirez des tirages de ces photos.
• Pour découvrir d’autres photographes panoramistes :
Colin Prior : le maître écossais de la photographie panoramique, une très grande influence pour moi qui aime tout autant le panoramique et l’Ecosse, et un homme charmant, que j’ai eu le plaisir de rencontrer sur le terrain parfois.
Site : https://colinprior.co.uk
Jean-Luc Allègre : ce photographe basé à la Réunion photographie avec un Hasselblad X-Pan, je recommande particulièrement son ouvrage Panoramas de l’Ouest américain.
Site : https://www.jeanlucallegre.com/accueil
Hervé Sentucq : explorateur infatigable et talentueux des panoramas de France.
Site : https://www.panoram-art.com/artiste.html
• Pour participer à mes stages / voyages photo : dans tous les stages j’intègre des conseils et des démonstrations sur la photo panoramique. Tous mes stages sont disponibles sur cette page.









